Ville-Monde En Création

Le 28 août 2015 – par entre-autres
Le monde n’est pas à habiter mais à inventer. Voici le point de départ du Collectif Pour une Politique de la Relation, son manifeste et son recueil de textes. Dans une société empreinte d’altérité et d’universalité : quelle relation avec toi et entre nous ? Et quel monde pour demain ?
Le monde n’est pas à habiter mais à inventer. C’est aussi le point de départ de rencontres et d’échanges entre Entre-Autres et Belley, petite ville de 9000 habitant.e.s du Bugey, dans l’Ain. Depuis plusieurs mois, Entre-Autres a entrepris de rencontrer des Belleysan.e.s et de recueillir leurs histoires. Nous ne recherchons pas l’objectivité mais, au contraire, nous souhaitons collecter les subjectivités sans les questionner. Nous nous interrogeons : Comment, avec nos trajectoires multiples et nos expériences diverses, chacun vit sa ville et expérimente la Relation à Belley?
Belley, Ville-Monde
A Belley, nous avons rencontré des « belleysans de souche »… mais pas tant que cela finalement. Nous avons rencontré beaucoup de personnes arrivées ici par amour. Elles ont suivi leur cœur depuis Cuba, la Normandie, le Brésil, Chambéry ou l’Algérie… Nous avons aussi rencontré beaucoup de personnes arrivées ici pour le travail : du Gard, de Savoie ou du Maroc… entre autre. D’autres encore, demandeur.ses d’asiles ou réfugié.e.s, sont arrivés par procédures administratives d’Albanie et du Kosovo.
Toutes nos rencontres sont ponctuées de contradictions…
Pour certaines personnes, arrivées à Belley fut « le premier jour du reste de [leur] vie car la vie y est bien meilleur qu’on ne l’imagine ». Pour d’autres, « la ville appartient aux Belleysans de souche », ce n’est pas facile de faire son trou et de se faire accepter. « Quand on est un rapporté, on reste un rapporté et nos enfants qui ont grandi ici aussi ». Alors que la convivialité est perçue par certain.e.s comme la pierre angulaire de la culture du Bugey, pour d’autres, la culture bugiste est fermée et conservatrice.
Pour les plus ancien.ne.s, la ville change. Les notables perdent leurs privilèges et font désormais la queue, comme tout le monde, dans les boutiques de centre ville. L’évêché est moins omniprésent. Une mosquée, une église évangélique et diverses spiritualités fleurissent. Pour certain(e)s nouvellement arrivé(e)s, Belley paraît être une ville morte, « trou du cul du monde », où les commerces ferment et les transports manquent. Mais Belley est aussi perçue comme une petite ville tranquille, très agréable pour les enfants, une ville aux restaurants asiatiques, aux fast-food kebab-diots ou aux auberges de gourmets, une ville qui s’accroît et qui s’embellit.
Les oppositions les plus aiguës portent sur le quartier populaire de Belley, « le quartier polyglotte » du Clos Morcel. Selon ses habitant.e.s, il est animé et vibrant ou bruyant et cloisonné. «Moi je les trouve patient.e.s, les habitant.e.s du Clos » nous explique-t-on « on les traite comme des animaux au Zoo », à coup de projets-politique de la ville et de fêtes de quartier. « Les jeunes ne se sentent pas les bienvenus dans le centre ville alors ils restent dans le quartier ». Entre-soi confortable ou exclusion ?
… de luttes….
C’est au Clos Morcel que les jeunes s’auto-organisent. Ils ont ouvert une salle de musculation et la gère eux-mêmes. Ils ont aussi créé leur propre club de football parce qu’ils avaient l’impression de passer plus de temps sur le banc de touche que sur le terrain lorsqu’ils étaient adhérents au club de la ville. C’est aussi à Belley que, pour la première fois, un joueur amateur de foot a gagné son procès pour racisme contre un club adverse.
Les logements sociaux du Clos Morcel ont été construits à la fin des années 1960…Aujourd’hui encore, on entend dire que ces immeubles, modernes pour l’époque, ont poussé alors que la cathédrale néogothique était occupée par des grévistes de la faim luttant contre la hausse des loyers sans remise en état des logements déjà vétustes.
…et de rêves
Habitant.e.s de Belley depuis un an ou depuis toujours, tout.e.s ont des rêves pour la ville : la remplir d’œuvres d’art ; faire revivre le café Chez Martine ; relancer le transport ferroviaire ; créer dans l’ancien Couvent, dans l’ancienne gare ou à la Cigale un espace pour la danse, le yoga, les expositions d’art, un théâtre, un restaurant végétarien ou encore un espace de travail partagé ; relancer une des gazettes locales disparues ; tenter le revenu universel de base comme expérience pilote…
Conclusion
Nous sommes à Belley pour des raisons diverses, nous résistons et nous luttons pour diverses causes. On a en commun d’être belleysan.e avec des trajectoires multiples et des expériences plurielles. A Belley, nous expérimentons le multiversel : un univers composé de ses multiples facettes qui interagissent, les interstices de nos vies et de la ville : les contradictions, les nœuds, les colères…. Toutes ces tensions autour desquelles nous articulons nos vies, auxquelles nous nous accrochons, ou, au contraire, nous perdons pied. Finalement, comme l’a raconté une habitante de Belley, « ce sont les rencontres qui font l’attachement au lieu ».