Le 13

le 16 novembre 2015 – par Abdellatif Chaouite
… Quand d’un coup, un coup inattendu, vous perdez le sens et toute direction, piégé sans issue, c’est que le verbe et votre corps nauséeux font deux. Vous vous divisez, un blanc.
Cris aigus, impuissants devant le son des rafales et un silence de plomb, lourd, entre les deux.
La mort transperce…
La mort ? Non, elle n’était pas à son heure. Pis que la mort la bête qui n’a pas de nom, un monstre sans visage, ou seulement celui de ses mitrailles. Il fauche, il bousille et détruit. La mort, elle, « vous parle votre langage » (votre vérité, votre liberté, « votre » mort). La bête est juste meurtrière mais absurdement, et même pas gratuitement mais calculant arbitraire, associant de surcroit et sans vergogne ses coups de kalach au Nom (le Nom d’une dette d’humains innocents) : un double meurtre, de l’humain et du divin !
Cette folie est roide et froide.
Vous hoquetez une douleur dans la nuque, comme touché réellement dans cet irréel qui vous tient dans ses mâchoires monstrueuses.
Vos mots échouent à donner sens à cette folie. Les vôtres. D’autres courent déjà les rues, guerre, guerre, guerre… mais leurs échos n’ont pas plus de sens.
Ce n’est pas un pays qui est touché, mais le monde, ce n’est pas seulement ces femmes, ces hommes ici tombés mais tous et partout ailleurs, ce n’est pas un hymne qui est blessé mais la voix même et le verbe qui peuvent chanter, ou juste crier.
Crier, c’est cela même qu’il vous faut réapprendre, crier, crier Non et faire résonner ce Non franc, catégorique, déterminé et incorruptible. Crier et lier ce Non et le relier et le relayer au plus loin, en faire relation.
Non à toutes les rafales (elles sont conniventes), Non à toutes les terreurs (elles sont hideuses), Non à toutes les guerres (elles sont affreuses).
Crier oui ce Non et le semer en chapelets patients et sans limites…