Etats généraux des migrations

L’accueil est au coeur de l’actualité.

Il est un mot qui a du sens chaque jour plus européen, français, italien, méditerranéen, alpin, transfrontalier.

Il est un terme qui rassemble associations d’aides, de défense des droits, pour l’égalité, militants politiques et associatifs, syndicalistes et humanistes…

Il est la preuve de l’archipel de la solidarité humaine, patrie du « tout-monde », ce monde qui émerge sous nos yeux, celui de la diversité, du métissage, de la rencontre

Ceux qui s’accrochent encore à leurs vieilles valeurs sont aveugles ; ils refusent la réalité des faits, le monde définitivement mobile, les sociétés qui s’enrichissent des mélanges et  l’effacement des frontières pourtant en cours.

L’accueil est au coeur de l’actualité. Il est le moteur revivifiant de nos sociétés, la source des changements à venir.

L’appel inter associatif de lancement des états généraux des migrations pour élaborer une autre politique migratoire en est le symbole.

 

QUEL MONDE DÉSIRONS-NOUS DONC ...
SUR LE CHEMIN D’UNE ALTERNATIVE INTERCULTURELLE
2e édition – Du 8 au 10 octobre 2015 au RIZE Villeurbanne
rencontres-débats, Slam, spectacles musicaux, jeux.

Télécharger le programme de la manifestation ici

Depuis 2013, se réunit, à l’initiative de La Maison des Passages, un Collectif autour des enjeux de l’interculturalité dans notre monde contemporain. Il regroupe une quarantaine d’associations, de structures, d’individus, d’artistes… de Lyon, Grenoble, Belley, Paris, Saint-Etienne, Roanne… qui se sont retrouvés, dans un contexte de profonde crise sociale et politique, autour de l’idée que le divers de nos sociétés est une richesse et le nouvel horizon de nos cultures. Ce groupe est à l’initiative du manifeste « Pour une Politique de la Relation ».

Parce que « le monde n’est pas seulement à habiter mais aussi à inventer », nous proposons trois jours d’échanges, d’exposition, de spectacles, de jeux pour donner une forme artistique aux enjeux de l’interculturalité et multiplier les temps de rencontres et de débats.

contact et informations
La Maison des Passages : 04 78 42 19 04
http://www.maisondespassages.org
http://www.politiquedelarelation.com

lieu de la manifestation
Le Rize – 23 rue Valentin-Haüy, 69100 Villeurbanne
Privilégiez les transports en commun : Bus C3, arrêt Blanqui-Centre mémoires & société Station Vélo’v

Le 13

le 16 novembre 2015 – par Abdellatif Chaouite
… Quand d’un coup, un coup inattendu, vous perdez le sens et toute direction, piégé sans issue, c’est que le verbe et votre corps nauséeux font deux. Vous vous divisez, un blanc.
Cris aigus, impuissants devant le son des rafales et un silence de plomb, lourd, entre les deux.
La mort transperce…
La mort ? Non, elle n’était pas à son heure. Pis que la mort la bête qui n’a pas de nom, un monstre sans visage, ou seulement celui de ses mitrailles. Il fauche, il bousille et détruit. La mort, elle, « vous parle votre langage » (votre vérité, votre liberté, « votre » mort). La bête est juste meurtrière mais absurdement, et même pas gratuitement mais calculant arbitraire, associant de surcroit et sans vergogne ses coups de kalach au Nom (le Nom d’une dette d’humains innocents) : un double meurtre, de l’humain et du divin !
Cette folie est roide et froide.
Vous hoquetez une douleur dans la nuque, comme touché réellement dans cet irréel qui vous tient dans ses mâchoires monstrueuses.
Vos mots échouent à donner sens à cette folie. Les vôtres. D’autres courent déjà les rues, guerre, guerre, guerre… mais leurs échos n’ont pas plus de sens.
Ce n’est pas un pays qui est touché, mais le monde, ce n’est pas seulement ces femmes, ces hommes ici tombés mais tous et partout ailleurs, ce n’est pas un hymne qui est blessé mais la voix même et le verbe qui peuvent chanter, ou juste crier.
Crier, c’est cela même qu’il vous faut réapprendre, crier, crier Non et faire résonner ce Non franc, catégorique, déterminé et incorruptible. Crier et lier ce Non et le relier et le relayer au plus loin, en faire relation.
Non à toutes les rafales (elles sont conniventes), Non à toutes les terreurs (elles sont hideuses), Non à toutes les guerres (elles sont affreuses).
Crier oui ce Non et le semer en chapelets patients et sans limites…

Solidarité

Le 14 novembre 2015  – par Ganda Oumar Camara
Il est des moments qui blessent la conscience , et l’idée que l’on se fait de notre commune humanité.
Ces moments sont difficiles à évoquer, parce que l’on ne sait pas toujours trouver les mots justes pour rappeler l’horreur, pour dire le chagrin de celles et ceux qui ont vécu la tragédie, celles et ceux qui sont marqués à jamais dans leur âme et dans leur chair par le souvenir de cette journée d’horreur et de larmes .
À vouloir vaille que vaille rapprocher la géopolitique à des idées religieuses les prédateurs du discours coranique obscurcissent la perception du message divin auprès de jeunes déboussolés et souillent ainsi les convictions et les traditions d’hommes et de femmes qui s’en réclament.
Aussi, l’esprit de vigilance doit se manifester avec plus de force que jamais pour donner un coup d’arrêt à cette entreprise qui détruit nos communes valeurs.
Certes, cette folie criminelle n’a épargné ni les Parisiens ,ni les Européens, pas plus les Américains que les Africains , les Asiatiques , les Musulmans que les Chrétiens , les Indous , les Juifs , les Agnostiques ou les Athées . Elle à voulu attenter à un mode de vie scellé dans la « diversalité » selon la formule de Glissant , elle a surtout voulu assassiner la liberté et l‘insouciance d’une jeunesse , elle a voulu attenter à l’essence même des valeurs humanistes, des valeurs de liberté, de justice, de tolérance qui fondent toutes démocraties.
Nous prions comme Senghor : «  Ô bénis ce peuple aux abois qui fait front à la meute boulimique ….. des tortionnaires »
 Aussi, N’acceptons pas d’être les témoins passifs, ou les complices, de l’inacceptable.
Notre Solidarité envers le peuple de France , envers toutes les victimes est une impérieuse nécessité pour ne point nous exclure du destin de nos semblables en Humanité .
Aussi me viennent à l’esprit les derniers vers de « Maintenant que la jeunesse » de Louis Aragon
« …Il fait beau comme jamais un temps à rire et courir
Un temps à ne pas mourir
Un temps à craindre le pire
Il fait beau comme jamais
Tant pis pour l’homme au sang sombre
Le soleil prouvé par l’ombre
Enjambera les décombres »

C’est le temps de …

Le 12 novembre 2015 – par Dominique Raphel
C’est le temps de la mobilité, du nord vers le sud ou du sud vers le nord, du sud vers le sud …
C’est le temps des mobilités inégalement vécues, de la traversée des mers, du franchissement des murs inutiles, de l’éparpillement des frontières insensées, quelles que soient les raisons qui les provoquent, dans la recherche d’une Autre vie … au risque de la mort.
C’est le temps d’une nouvelle « Mare Nostrum » qui appartient à la diversité humaine,
C’est le temps des inégalités multiples
C’est le temps de la peur de tout perdre devant la crise
C’est le temps de l’espérance devant le néant, devant le plus rien à perdre, la fuite de la guerre
C’est le temps des vieilles complicités entre les pouvoirs économiques pour mieux le préserver face à un autre développement,
C’est le temps de la perte éthique ou de la renaissance morale, le temps de la barbarie ou de l’humain
C’est le temps du choix entre le repli sur soi et l’ouverture à l’autre
C’est le temps de la reconstruction des nouvelles formes de solidarité, du local au global
C’est le temps du Tout monde,
« … le monde comme totalité, si dangereusement proche du totalitaire » .
Edouard Glissant in Traité du Tout-Monde
Chaque geste comptera,
chaque décision aura du sens
chaque engagement politique portera une signification
Chaque jour qui passe apporte un éclairage sur ce qui se joue
Entre les conditions imposées par les pays du nord aux pays du sud pour la gestion des volontés migratoires (dans la mobilité sud nord seulement) ET les attentes des populations africaines pour la révision des formes de développement économique et de pouvoir des multinationales,
Entre la condamnation de l’Etat français pour son absence d’accompagnement des conditions de vie des migrants à Calais ET l’organisation des réseaux citoyens d’accueil spontanés et généreux,
Entre les constats partagés de discrimination ET l’affrontement à l’injuste inégalité
Entre la décision d’un maire de « valoriser exclusivement la culture occidentale » ET le refus citoyen des salarié-e-s d’appliquer cette orientation politique contraire à l’essence même du politique qui gère la cité, la polis, l’art de vivre ensemble,
Chaque geste comptera
chaque décision aura du sens
chaque engagement politique portera une signification
Du local au global

Ville-Monde En Création

Le 28 août 2015 – par entre-autres
Le monde n’est pas à habiter mais à inventer. Voici le point de départ du Collectif Pour une Politique de la Relation, son manifeste et son recueil de textes. Dans une société empreinte d’altérité et d’universalité : quelle relation avec toi et entre nous ? Et quel monde pour demain ?
Le monde n’est pas à habiter mais à inventer. C’est aussi le point de départ de rencontres et d’échanges entre Entre-Autres et Belley, petite ville de 9000 habitant.e.s du Bugey, dans l’Ain. Depuis plusieurs mois, Entre-Autres a entrepris de rencontrer des Belleysan.e.s et de recueillir leurs histoires. Nous ne recherchons pas l’objectivité mais, au contraire, nous souhaitons collecter les subjectivités sans les questionner. Nous nous interrogeons : Comment, avec nos trajectoires multiples et nos expériences diverses, chacun vit sa ville et expérimente la Relation à Belley?
Belley, Ville-Monde
A Belley, nous avons rencontré des « belleysans de souche »… mais pas tant que cela finalement. Nous avons rencontré beaucoup de personnes arrivées ici par amour. Elles ont suivi leur cœur depuis Cuba, la Normandie, le Brésil, Chambéry ou l’Algérie… Nous avons aussi rencontré beaucoup de personnes arrivées ici pour le travail : du Gard, de Savoie ou du Maroc… entre autre. D’autres encore, demandeur.ses d’asiles ou réfugié.e.s, sont arrivés par procédures administratives d’Albanie et du Kosovo.
Toutes nos rencontres sont ponctuées de contradictions…
Pour certaines personnes, arrivées à Belley fut « le premier jour du reste de [leur] vie car la vie y est bien meilleur qu’on ne l’imagine ». Pour d’autres, « la ville appartient aux Belleysans de souche », ce n’est pas facile de faire son trou et de se faire accepter. « Quand on est un rapporté, on reste un rapporté et nos enfants qui ont grandi ici aussi ». Alors que la convivialité est perçue par certain.e.s comme la pierre angulaire de la culture du Bugey, pour d’autres, la culture bugiste est fermée et conservatrice.
Pour les plus ancien.ne.s, la ville change. Les notables perdent leurs privilèges et font désormais la queue, comme tout le monde, dans les boutiques de centre ville. L’évêché est moins omniprésent. Une mosquée, une église évangélique et diverses spiritualités fleurissent. Pour certain(e)s nouvellement arrivé(e)s, Belley paraît être une ville morte, « trou du cul du monde », où les commerces ferment et les transports manquent. Mais Belley est aussi perçue comme une petite ville tranquille, très agréable pour les enfants, une ville aux restaurants asiatiques, aux fast-food kebab-diots ou aux auberges de gourmets, une ville qui s’accroît et qui s’embellit.
Les oppositions les plus aiguës portent sur le quartier populaire de Belley, « le quartier polyglotte » du Clos Morcel. Selon ses habitant.e.s, il est animé et vibrant ou bruyant et cloisonné. «Moi je les trouve patient.e.s, les habitant.e.s du Clos » nous explique-t-on « on les traite comme des animaux au Zoo », à coup de projets-politique de la ville et de fêtes de quartier. « Les jeunes ne se sentent pas les bienvenus dans le centre ville alors ils restent dans le quartier ». Entre-soi confortable ou exclusion ?
… de luttes….
C’est au Clos Morcel que les jeunes s’auto-organisent. Ils ont ouvert une salle de musculation et la gère eux-mêmes. Ils ont aussi créé leur propre club de football parce qu’ils avaient l’impression de passer plus de temps sur le banc de touche que sur le terrain lorsqu’ils étaient adhérents au club de la ville. C’est aussi à Belley que, pour la première fois, un joueur amateur de foot a gagné son procès pour racisme contre un club adverse.
Les logements sociaux du Clos Morcel ont été construits à la fin des années 1960…Aujourd’hui encore, on entend dire que ces immeubles, modernes pour l’époque, ont poussé alors que la cathédrale néogothique était occupée par des grévistes de la faim luttant contre la hausse des loyers sans remise en état des logements déjà vétustes.
…et de rêves
Habitant.e.s de Belley depuis un an ou depuis toujours, tout.e.s ont des rêves pour la ville : la remplir d’œuvres d’art ; faire revivre le café Chez Martine ; relancer le transport ferroviaire ; créer dans l’ancien Couvent, dans l’ancienne gare ou à la Cigale un espace pour la danse, le yoga, les expositions d’art, un théâtre, un restaurant végétarien ou encore un espace de travail partagé ; relancer une des gazettes locales disparues ; tenter le revenu universel de base comme expérience pilote…
Conclusion
Nous sommes à Belley pour des raisons diverses, nous résistons et nous luttons pour diverses causes. On a en commun d’être belleysan.e avec des trajectoires multiples et des expériences plurielles. A Belley, nous expérimentons le multiversel : un univers composé de ses multiples facettes qui interagissent, les interstices de nos vies et de la ville : les contradictions, les nœuds, les colères…. Toutes ces tensions autour desquelles nous articulons nos vies, auxquelles nous nous accrochons, ou, au contraire, nous perdons pied. Finalement, comme l’a raconté une habitante de Belley, « ce sont les rencontres qui font l’attachement au lieu ».